La corolla del ricordo

Chiara De Luca, La ronde du rêve

 

de La corolla del ricordo (Kolibris, 2009, 2010)

 

Traduit de l’italien par Elisabetta Visconti Barbier

 

 

 

 

ancora vengo ad annusare l’abisso

riaprirmi le vene per immergere

la penna e sanguinare versi sul silenzio

 

 

 

 

 

 

je viens encore flairer l’abîme

m’ouvrir les veines pour y immerger

la plume et saigner des vers sur le silence

 

 

 

 

 

 

 

 

Credo

nel sacro d’ogni incontro

nell’irripetibile stagione di un momento

di Eterno presente che redime il tempo

e si possa entrare infine un cuore aperto

custodire il grido teso d’ogni sguardo

tenere parole come canto che nel vento

soffia intensamente ponti tra le storie

sul mare di un silenzio enorme che non cede

quando più non frangono le onde dell’attesa

nel piegarsi a un fondo invano di memorie

 

 

 

 

 

 

Je crois

à la valeur sacrée de chaque rencontre

à l’unique saison d’un instant

d’Éternel présent qui rédime le temps

pouvoir enfin habiter un cœur ouvert

garder le cri tendu de chaque regard

abriter les mots tel un chant qui souffle

intensément dans le vent pour bâtir des ponts entre les histoires

au-dessus de la mer d’un silence immense qui ne se résigne pas

lorsque les vagues de l’attente ne se brisent plus

en se pliant en vain à un fond de mémoires.

 

 

 

 

 

 

 

 

Ogni giorno come questo è Natale

quando la luce tersa si scava

profondo un tunnel tra le colonne

a colpire freddissima e bella

la mano stretta attorno alla penna.

La prima pagina bianca è di nuovo

aperta in attesa di un gesto d’inizio

Cambio agenda ogni volta che muoio

per questo a febbraio in saldo ne acquisto

una mezza dozzina almeno.

 

 

21.11.2008

 

 

 

 

Chaque jour comme celui-ci c’est Noël

où la lumière pure creuse

un tunnel profond à travers les colonnes

et frappe, glaciale et belle,

la main qui serre la plume.

La première page blanche est toujours

dans l’attente d’un geste d’offrande

Je change d’agenda à chaque fois où je meurs

c’est pour cela qu’en février j’en achète

au moins une demi-douzaine en solde.

 

 

 

 

 

 

 

 

Si riapre la corolla del ricordo

ora che fermandomi riascolto

e sono rovi a fondo nell’andare

ogni giorno dove non ci sono

incontri che svaniscano il mistero

sguardi che socchiudano il silenzio

tra petali di gela che improvvisi

si serrano per chiudermi nel boccio

dei miei sorrisi bianchi collaudati

a ingannare chi non sa vedere,

non è servito a niente sprofondare

oscure le radici tra le dune dell’amore,

polline incendiario che trascina il vento

schiude nuovamente la distanza e mi riporta.

 

 

 

 

 

La ronde du souvenir s’ouvre encore

à présent où je m’arrête et de nouveau j’écoute

des ronces s’entrelacent sur le chemin en allant

chaque jour là où il n’y a ni rencontres

dévoilant le mystère

ni regards recelant le silence

parmi des pétales de gèle qui soudain

se ferment pour m’étreindre dans le bourgeon

de mes sourires blancs bien rodés

et tromper celui qui ne sait pas voir,

rien ne sert de sombrer

racines obscures entre les dunes de l’amour,

pollen incendiaire à la traîne du vent

ouvre à nouveau la distance et me ramène.

 

 

 

 

 

 

Nostalgia di treni e di stazioni

di chi si siede e senza domandare

inizia a raccontarti la sua storia,

i gradini sporchi e inumiditi

di neve calpestata e di rifiuti,

dell’orologio grande sul binario

incastonato al buio dentro al gelo

che pare neghi al tempo di passare,

della bimba slava appesa alla mia gonna

mentre usurpo e tremo il nome mamma,

di chi ti guarda dentro gli occhi e tiene

e non ti chiede neanche il nome nell’ andare.

 

 

 

 

 

Nostalgie des gares et des trains

de celui qui s’assied près de toi et sans demander

te raconte son histoire,

marches sales de déchets

et humectées de neige foulée

nostalgie de la grosse horloge sur le quai

fixée dans l’obscurité et le froid

elle paraît interdire au temps de s’écouler,

nostalgie de cette enfant slave agrippée à ma jupe

alors que je m’arroge et tremble le mot maman,

nostalgie de celui qui ne cesse de te regarder droit dans les yeux

et ne demande même pas ton nom en s’en allant.

 

 

 

 

 

 

 

È strano vedi come possa il vento

liberare il cielo e alleggerire in volo

le braccia degli alberi di nuovo genuflessi.

Prigioniera in casa manca ancora tanta luce

bevuta dal palazzo a pochi metri desertato,

mentre sul terrazzo i panni giocano coi fili

appesantiti danzano sgraziati e come ignari

del tempo segreto che battuto dal silenzio

da mesi nel quartiere non fa che replicare

la bellezza dura dei tuoi occhi nell’andare

la tragica saggezza che traveste le paure

le grida dei bambini in quel cortile

così pure.

 

 

 

 

C’est étrange, vois-tu

comme le vent dégage le ciel et

soulage les bras suspendus des arbres

une fois encore à genoux.

Prisonnière suis-je dans une maison à la lumière blême

avalée par le palais à quelques mètres délaissé,

tandis que là-haut sur la terrasse le linge joue avec les fils

mais trop lourd il danse sans grâce

et semble méconnaître le temps secret vaincu par le silence

qui depuis des mois dans le quartier ne fait que redire

la beauté sévère de tes yeux en t’en allant

la vérité tragique qui déguise les peurs

ainsi que les cris des enfants dans la cour.

 

 

 

 

 

 

 

 

Novembre si ribella all’ assalto dell’inverno

grandi crepe dilatate nelle nuvole dal vento,

un passo si appoggia lentamente dopo l’altro

tentando di alterare il volgere del tempo,

abitiamo un anno intero la distanza di una sera

vorrei essere di strada ma la strada non è chiara,

saperti dietro i vetri è la nuova vocazione

rigiro in bocca il fiato come una preghiera

ma il battito ha il ritmo di un’altissima canzone.

Il buio è disegnato in cerchi brevi dai lampioni,

auto in fila indiana sono stanche di arrancare

aprendosi per terra un varco lucido d’asfalto,

loro sono giovani e spogliate di tormento

insanabile sui viali a tarda notte il gelo.

 

 

 

 

 

 

Novembre résiste à l’assaut de l’hiver

le vent élargit les fissures dans les nuages,

un pas s’appuie lentement après l’autre

telle une tentative de modifier le cours du temps,

l’éloignement d’un soir nous l’habitons une année entière

je voudrais être le chemin mais il est obscur

ce qui m’attire encore c’est ta présence derrière la vitre

je rumine le souffle dans la bouche comme une prière

mais le battement a le rythme d’une chanson solennelle.

Les réverbères dessinent l’obscurité par petits cercles

voitures alignées fatiguées d’avancer péniblement

s’ouvrent un passage brillant d’asphalte,

elles sont jeunes et dépouillées de tout tourment

tard dans la nuit la morsure du gel frappe les boulevards.

 

 

 

meChiara De Luca a obtenu son diplôme à l’Université de Langues et Littératures étrangères de Pise, avec un mémoire sur l’écrivain autrichien Ernst Weiß, a fréquenté l’Ecole Européenne de traduction de Magda Olivetti à Florence, le Collège Européen des traducteurs littéraires de Françoise Wuilmart à Seneffe et un mastère en traduction littéraire à l’Université de Bologne, où elle a obtenu son Doctorat en Littératures Européennes avec une thèse sur l’œuvre de jeunesse de Rainer Maria Rilke. Ensuite, elle a enseigné la langue et culture italienne à l’Université de Parme, a collaboré avec le Goethe Institut, la Inlingua de Bologne, la John Hopkins University et de nombreuses autres écoles de langues et de langue italienne pour étudiants étrangers. Elle a édité le texte Lacerti della memoria (Fragments de la mémoire, Compositori, Bologna, 2007) de Gillo Dorfles, a collaboré avec Lorenzo Gabetti à la publication avec reproduction anastatique du manuscrit inédit Una lettura del Faust (Une lecture du Faust) de Giuseppe Gabetti, l’édition et l’introduction critique du roman Prima, durante e dopo (Avant, pendant, après, Fara, Sant’arcangelo di Romagna, 2006) de Antonio Bruno; a collaboré comme traductrice à l’édition de I cieli di Kabul (Les cieux de Kaboul, Datanews, Rome, 2007), recueil d’entrevues avec Khaled Hosseini, de Dalla fabbrica alla metropoli (De l’usine à la métropole, recueil d’essayes politiques de Antonio Negri), de Invitation a Vema (Catalogue du Pavillon Italien à la X Exposition Internationale de Architecture de la Biennale de Venise 2006, Compositori, Bologna 2007), et des anthologies Il seno in-cantato (Le sein en-chanté, Crocetti, Milano 2006) et E tacque attorno a te il silenzio (Et le silence se tut autour de toi, Salani, Milano, 2005); a traduit La vie promise (La vita promessa, Gedit, Bologne, 2004) et Éloge pour une cuisine de province (Elogio per una cucina di provincia, Gedit, Bologne, 2008) de Guy Goffette, Manhandling the Deity (Gedit, Bologne, 2007), du poète irlandais John Deane et Nuvole (Nuages) de Paolo Ruffilli (publié dans l’anthologie poétique Les choses du monde, L’arbre à paroles, Amay, 2007); a traduit John Deane et Guy Goffette pour le Festival International de poésie “Amo Bologna” (2004), Dominique Grandmont pour le Festival International de poésie de Parme (2004), Rémy Bouthonnier et Jerôme Mauche pour le Festival International “Uno, uno prima” de Giuseppe Bertolucci (Lucca, 2005). En qualité de essayiste et traductrice, elle a collaboré avec les revues “Poesia”, “Fili d’aquilone”, “La Clessidra”, “Hebenon”, “Le voci della luna” et de nombreux e-zine et sites Internet.  En qualité de préfacier elle collabore avec les maisons d’éditions Lietocolle, Fara Editore, Jocker. En qualité de critique littéraire, elle a écrit beaucoup d’articles et d’essayes académiques. Entre autres, elle a publié l’essaye La pointe du couteau fichée dans la mémoire dans le numéro de “Littératures” dédié a Guy Goffette (57/2007, Presses Universitaires du Mirail) et le recueil d’essayes A margine dei versi. Appunti sulla poesia contemporanea (Kolibris, 2015). Elle a publié deux romans: La collezionista (La collectionneuse, Fara, 2005) et La mina (stra)vagante (La mine (extra)vagant, Fara, 2006); la pièce de théâtre Guida precaria (Guide précaire) qui a été mise en scène par Virginia Stefanini et Davide Simoni pendant le Festival “Oggetti DA desiderio” (Ferrara, 2006), chez Ex Tirò (Bologne, 2006) et pendant “Un po’ blu Festival” (Tresigallo, 2007); le texte Duetti, continuation et adaptation théâtrale de son second roman, La Mina (stra)vagante, qui a gagné le Prix ” San Vitale” pour la section théâtre (Bologne, 2007) et a été publié dans l’anthologie Fare, disfare, rifare (Faire, défaire, refaire, Perdisa Editore, Bologne, 2007) et mise en scène au Théâtre San Martino (Bologne, 2007); a publié une série de poèmes dans les anthologies La coda della galassia (La queue de la galaxie, Fara, 2005), Lo spirito della poesia (L’esprit de la poésie, Fara 2008) et Il resto parziale della storia (Le reste partiel de l’histoire, Fara 2008) et dans de nombreuses revues littéraires, parmi lesquelles: “Tellusfolio”, “Poesia” (juillet – août 2004; décembre 2007), “Le voci della Luna” (juillet 2006; mars 2007), “Capoverso”. Elle a publié les recueils poétiques Per custodire l’amore (Bologne, 2004), In parole scarne (Bologne, 2005) , La corolla del ricordo (Bologne, 2009, 2010), Animali prima del diluvio (Bologne, 2011) et Alfabeto dell’invisibile (Pordenone, 2015) et a traduit environ 50 recueil poétiques d’auteurs contemporaines. Elle a pris part à de nombreuses lectures poétiques et narratives.

En l’année 2008 elle a créé la maison d’édition Kolibris, dédiée à la traduction et à la promotion de la poésie contemporaine internationale et en 2014 le site Iris, dédié à la traduction de la poésie au bilinguisme et à la littérature de la migration.

 

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